Errances

Y a-t-il voyage sans errance ?

Voilà une vaste question… Qui m’interpelle et me pousse à réfléchir, plus loin, plus profondément que le sens des mots.

Car si le voyage est connoté positivement, reconnu par tous comme profitable, initiatique, enrichissant, formateur et louable, l’errance semble au contraire porter le poids du jugement et du mépris. L’errance, assimilée à une perte, une déchéance, une désorientation, voire une régression, serait perçue comme un état désagréable et malsain, dont la période forcément circonscrite dans le temps, indique qu’elle ne peut être une fin en soi, mais un état ponctuel, dont il faudrait chercher à sortir au plus vite et par tous les moyens. L’errance n’existerait que pour être fuie, abrégée, éradiquée, telle un spectre effrayant, une terreur surgie de l’enfance, que l’on ose affronter seulement lorsqu’on n’a plus peur du noir.

Ainsi, l’Iliade et l’Odyssée constituent une formidable épopée, un « beau voyage ». comme le chantait Joaquim du Bellay, alors que la période de vagabondage que connaît Ulysse avant de retrouver sa bien-aimée, est présentée comme une période d’errance, une véritable épreuve qui manque de peu d’achever le héros, en prise avec diverses tentations et forfaitures.

Pourtant, sans ces obstacles, ces moments de doute, ce trouble intérieur, Ulysse n’aurait pas l’humanité et la vaillance qui le caractérisent et en font un véritable héros, un guerrier charismatique et attachant.

Dès lors, ne devrait-on pas réhabiliter l’errance ? Lui redonner ses lettres de noblesse, rappeler à quel point elle fait partie de nous, nous construit, nous aide à mieux recouvrer la lumière ? Car tout comme le Jour ne saurait exister sans la Nuit, il ne serait y avoir de Voyage sans Errance…

Bateau Ulysse

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